Vers un municipalisme à la française ?

Vers un municipalisme à la française ?

Dans le cadre des élections municipales de mars 2020, Open Source Politics accompagne trois collectifs citoyens dans leur déploiement de leur plateforme participative. Retour sur un mouvement politique étroitement lié à l’histoire de Decidim : le municipalisme.

Un mouvement “des citoyen.ne.s, par les citoyen.ne.s, pour les citoyen.ne.s”

Instaurer une gouvernance participative et inclusive

Le municipalisme est un projet politique plaçant les citoyen.ne.s au centre des décisions publiques. Aussi bien urbain que rural, il s’attache à réintroduire les habitant.e.s au sein de l’espace politique et prône une gouvernance participative, transparente et efficace. Par l’instauration d’assemblées populaires et par l’acceptation de la conflictualité, le municipalisme rétablit une forme d’horizontalité dans la prise de décision.

Faire de l’espace politique un lieu d’émancipation citoyenne

Il s’agit pour les citoyen.ne.s de s’emparer des questions qui les concernent directement : crise du logement, défaillance des services publics (électricité, transports…), écologie, discriminations, accueil des réfugié.e.s et féminisation de la vie publique. Le municipalisme conçoit avant tout la ville comme un lieu de vie et un espace d’entraide. Il invite les habitant.e.s à se recentrer autour de valeurs fondamentales : solidarité, coopération, justice sociale, dignité, éthique… 

Le municipalisme, par ses combats et ses valeurs, entend donc répondre aux enjeux situés au plus près des citoyens, justifiant ainsi son action à l’échelle locale.

2015 en Espagne : la nouvelle vague d’expérimentations municipalistes

Face aux dérèglements, la mobilisation 

Crise financière de 2008, crise climatique, crise des réfugiés, crise politique… : le municipalisme est issu d’une convergence des crises et des luttes (mouvement des Indignés, 2011) qui s’est concrétisée lors des élections municipales espagnoles de 2015. Madrid, Barcelone, Valence, Saragosse, Cadix et d’autres sont alors remportées par des collectifs de citoyen.ne.s. 

Mouvement des Indignés, 2011

Qu’en retient-on ?

Si le bilan n’est pas parfait (on retiendra entre autres des critiques sur la politique sécuritaire ou encore la difficile gouvernance au sein d’un Etat espagnol de plus en plus centralisé), les municipalités en question se sont emparées des problématiques les plus urgentes, comme la démocratisation de l’accès au logement ou la municipalisation de certains services publics (les plages à Cadix, les pompes funèbres à Madrid ou encore l’eau à Barcelone). Elles ont également mis en place des systèmes de démocratie participative, à la fois en ville (à l’image des “laboratoires citoyens” madrilènes) et en ligne. 

Aux origines de Decidim

En 2015, à Madrid, la mairie a créé son propre logiciel libre (Decide Madrid), plateforme collaborative depuis laquelle les citoyen.ne.s peuvent soumettre aux madrilènes leurs propositions par référendum, si celles-ci ont obtenu un soutien en ligne d’au moins 1% des habitant.e.s. Par ailleurs, la mairie a mis en place un système de votations ainsi qu’un budget participatif de 30 millions d’euros en 2019. 

Le Conseil municipal de Barcelone a quant à lui investi plus de deux millions d’euros pour l’élaboration de la plateforme Decidim. Véritable bien commun numérique, Decidim est cohérent avec les valeurs du municipalisme aussi bien dans sa construction que dans les outils qu’il propose : gouvernance ouverte du logiciel, technologie open source et  mise à disposition de fonctionnalités participatives multiples. Le logiciel, conçu à l’origine pour établir le Plan d’Action Municipal de Barcelone, a couvert 33 000 participants, 14 000 propositions dont près de 10 000 acceptées, 5500 résultats, 13 débats et près de 200 000 soutiens. C’est alors le début d’une expérience unique à laquelle s’est rattaché Open Source Politics. 

Decidim Barcelona

Elections municipales de 2020 : les collectifs municipalistes accompagnés par Open Source Politics

En France, pour les élections municipales de mars 2020, les listes municipalistes sont nombreuses : notre partenaire Action Commune en dénombre plus de 150. Open Source Politics accompagne trois d’entre elles avec Decidim : Nous Sommes, Réveillons Annecy et Grenoble en commun

Reposant sur les principes d’autogestion collective, de distribution des pouvoirs et de gouvernance transparente, le collectif montpelliérain Nous Sommes permet la co-construction de son programme par sa plateforme Decidim.

Le procédé est sensiblement le même pour la Fabrique citoyenne, plateforme de Réveillons Annecy, dont les 198 contributions sont en cours de validation par un Parlement citoyen. 

Enfin, la Fabrique, mise en place pour la campagne participative de Grenoble en commun, comptabilise 680 propositions, dont 244 d’entre elles sont issues de rencontres physiques. Le territoire grenoblois s’inscrit depuis 2014 dans la lignée du courant municipaliste, en permettant aux citoyen.ne.s de s’impliquer par un système de votations, d’interpellations, d’unions de quartiers et de budget participatif. 


Le municipalisme, ce mouvement politique qui vise à modifier en profondeur les pratiques politiques, se présente comme une réponse crédible aux crises sociales actuelles. L’utilisation de plateformes numériques participatives, lorsqu’elles sont adossées à des stratégies démocratiques locales, participe à ces réflexions autour de la transparence de l’action publique et de la reconnaissance de l’expertise citoyenne. Dans cette période d’élections municipales en France qui voit plusieurs collectifs co-construire leur programme à l’aide d’une plateforme Decidim, il semblerait que les revendications portées par le municipalisme s’ancrent un peu plus encore dans le débat. Avec un clin d’ œil de l’histoire : la plateforme numérique Decidim est le fruit d’expériences municipalistes passées, mais aussi l’instrument de projets municipalistes futurs.

Une nouvelle synthèse pour la Convention Citoyenne pour le Climat

Une nouvelle synthèse pour la Convention Citoyenne pour le Climat

Open Source Politics (OSP) a été missionnée par le Comité de Gouvernance de la Convention Citoyenne pour le Climat pour mettre en place une plateforme de participation citoyenne en ligne et produire trois synthèses successives afin que les membres de la Convention bénéficient d’un résumé digeste et accessible de l’activité de la plateforme entre leurs sessions de travail.

La deuxième phase de contribution en ligne de la Convention Citoyenne pour le Climat se terminait le 5 janvier. Le 6 janvier, notre équipe commençait à travailler sur une deuxième synthèse pour mettre en avant les idées des Français.e.s pour lutter contre le réchauffement climatique.

La rédaction de la synthèse par nos analystes

À partir des tableaux d’exports complets, qui sont disponibles en libre accès sur la plateforme, notre équipe utilise une méthodologie d’analyse, pour faire ressortir les idées principales des contributions. Nous nous sommes penchés sur l’ensemble des propositions en ligne des citoyen.ne.s lors de la deuxième phase de contribution.

Notre équipe travaillant sur la synthèse de la deuxième phase de contribution CCC

Au total, pour cette deuxième phase, 1286 contributions ont été enregistrées sur la plateforme (un nombre plus élevé que pour la première phase de participation). Cela témoigne d’un engagement des français.e.s renforcé pour la Convention Citoyenne, et donc pour les problématiques climatiques.

Même si les contributions transversales ont de loin été les plus nombreuses (28%), les citoyen.ne.s s’orientaient plutôt vers les thématiques « se déplacer » (24% des contributions) et « consommer » (19,5%). Il en était de même lors de la première phase de contribution.

stat synthèse 2 CCC
statistiques de la 2e phase de contribution en ligne de la CCC

Côté citoyens :

Au-delà du sujet du climat et de la justice sociale, objectifs de la Convention Citoyenne, nos analystes ont constaté que les citoyen.ne.s n’hésitaient pas à contribuer sur des sujets plus vastes, comme le partage, la distribution des ressources et l’égalité.

Côté organisations :

Trente-et-une contributions proviennent d’organisations. On retrouve des groupes engagé.e.s dans les questions sociales comme la CGT , le Secours Catholique, la CFDT et dans des questions environnementales comme Réseau Action Climat, Nature Rights, Compte CO2 etc. On retrouve également des habitués de la participation en ligne comme Sénat Citoyen, Atelier Citoyen, Lobby Climatique des Citoyens, Cyber acteur etc.

Notre synthèse est disponible ici

Qu’en pensent les citoyens de la Convention Citoyenne pour le Climat ?

Un citoyen de la convention prenant connaissance de la première synthèse

La synthèse a été remise le vendredi de la 4e session de la Convention aux 150 citoyen.ne.s tiré.e.s au sort. Ils ont confié que ces synthèses ont une grande valeur car elles leur apportent une vision extérieure et de nouvelles idées. Grâce à cette deuxième synthèse, ils réalisent le soutien dont ils bénéficient et qu’ils ne sont pas les seul.e.s à s’investir et à donner de leur temps. Les contributions en ligne viennent compléter le travail fait en assemblée grâce à leur richesse et leurs détails. Marine, une citoyenne de la convention, nous dit l’avoir utilisé avec son groupe de travail.

« A ce stade, la richesse des contributions est importante car elle nous aide à aller plus loin et à creuser les sujets abordés, pour que nous puissions faire des propositions les plus complètes et plus poussées. Les contributions des organisations sont intéressantes car elles apportent une expertise et des chiffres utiles. Et je trouve que c’est toujours important d’avoir une diversité d’opinions dans notre travail »

Marine, citoyenne tirée au sort pour la CCC

Retrouvez la deuxième synthèse des contributions déposée sur la plateforme participative de la Convention Citoyenne du Climat dans son intégralité.

Decidim en bonne place parmi les Civic Tech selon les critères de la CNIL

Decidim en bonne place parmi les Civic Tech selon les critères de la CNIL

Le 9 décembre, la CNIL publiait son 7e cahier Innovation et Prospective : « Civic Tech, données et Demos » (à télécharger👉 ici ).
Dans ce cahier, la CNIL donne des recommandations aux acteurs des Civic Tech pour garantir un environnement de confiance et renforcer les bonnes pratiques de la participation citoyenne 🤝
Nous avons relevé six points qui nous semblaient importants, et qui donnent une bonne place à Decidim dans le champ des Civic Tech 👇🤓

1) Le code ouvert assurant une transparence

La CNIL confirme que l’ouverture du code d’une plateforme de participation et de ses données est une garantie visant à permettre l’audibilité de traitement algorithmique, indispensable pour les questions de RGPD. Les codes, qu’ils soient ouverts ou fermés, sont sensés être accessibles en cas d’audition, dès lors que des données sont collectées. Avec Decidim, les données de la participation sont totalement lisibles et accessibles. Decidim et son code ouvert garantissent cette transparence 💻.

2) Le respect de la vie privée dans un contexte de RGPD

La CNIL invite à penser des outils respectueux de la vie privée dès leur conception, avec des informations claires sur les droits des utilisateurs.  La CNIL insiste sur l’importance de construire un environnement de confiance pour les utilisateurs.
Depuis sa conception, et à travers la rédaction collective de son contrat sociale (traduit en Français ici ) Decidim revendique cette approche technopolitique. Le logiciel a été pensé dans le respect des utilisateurs et de leurs droits avant tout.


Retrouvez notre article sur la technopolitique👉ici

3) La co-construction et le partage des bonnes pratiques


De plus, la CNIL recommande aux acteurs de se féderer pour harmoniser les pratiques et aller vers la co-construction d’un code de conduite.😇
C’est ce que défend la communauté Metadecidim qui veille à faire progresser continuellement le logiciel et son contrat social. Les contributeurs de cette communauté (dont OSP figure parmi les plus actifs) s’organisent via une gouvernance démocratique pour prendre des décisions sur le logiciel. Metadecidim est dédié aux échanges de bonnes pratiques et assure un auto-surveillance démocratique du logiciel.

La communauté MetaDecidim
La page d’accueil de la communauté métadecidim

4) Des processus participatifs progressifs et adaptés

Ajouté à cela, la CNIL recommande de développer une éducation civique technologique car « les Civic Tech ne doivent pas faire de la démocratie une affaire d’experts, desquels dépendraient le contrôle et la compréhension des technologies déployée » 👩‍💼(page 39 du cahier IP)
Chez OSP, nous l’avons toujours soutenu : la participation n’est pas innée et doit faire l’objet d’un apprentissage progressif. Aussi, les processus participatifs doivent s’adapter à l’expérience et au passif participatif des utilisateurs.  

5) L’inclusion


Pour pouvoir inclure un maximum de personnes dans les processus de participation, la CNIL, tout comme OSP, recommande de combiner la participation présentielle et numérique 👫.
Ces deux types de participations sont chacune à la fois nécessaire et non-suffisante. L’une de va pas sans l’autre.
Les Civic Tech existent pour accompagner des processus participatifs larges et ambitieux. La participation numérique ne se suffit pas à elle-même au risque d’être peu représentative et et peu inclusive.


Decidim permet d’organiser, de restituer et de faire dialoguer ces deux types de participation.
Par exemple, la fonctionnalité « Rencontres » permet à la fois de cartographier des réunions publiques mais aussi de restituer la richesse de leur échange. Il est possible de lier une proposition à une rencontre, de publier un compte rendu, de mettre en ligne des photos, grâce à toutes ces possiblité de documentation une continuité s’opère entre les exercices d’intelligence collective présentiels et numériques

6) Lutter contre les formes de dépendance

Les Civic Tech sont des dispositifs de participation qui changent les dynamiques des relations entre gouvernants et gouvernés.

La CNIL met en garde les acteurs publics contre le risque de dépendance vis-à-vis d’outils propriétaires dont ils ne maîtrisent pas les règles de traitement, de modération ou d’affichage. 

C’est pourquoi, dans le cadre de projets publics, nous favorisons l’utilisation de logiciels libres, engageant une collaboration durable avec les institutions.

Les logiciels libres dont les codes sources sont en libre accès, permettent aux institutions une plus grande maitrise de leurs projets. Déjà par une meilleure visibilité sur les fonctionnement de l’outil mais aussi par ce qu’elles ont la possibilité de faire évoluer l’outil en fonction de leur besoin. À tout moment elles ont la possibilité d’installer le logiciel sur leur propre infrastructure et d’internaliser la compétence associée.

De plus, en choisissant d’utiliser des logiciels libres pour leurs projets, les institutions mettent l’argent publique à contribution de biens communs numériques, qui sont librement réutilisables par d’autres institutions.

Lors d’un événement organisé par la CNIL en partenariat avec le CESE ( Conseil Economique Social et Environnemental) sur les Civic Tech, Valentin Chaput, notre fondateur, ajoutait qu’« en matière de démocratie, il ne faut pas un acteur en situation de monopole ». En défendant le modèle des communs, dans lequel l’Etat doit jouer un rôle d’impulsion, Valentin a évoqué l’exemple de la Mairie de Barcelone, à l’origine du logiciel libre Decidim.

En conclusion

Decidim en tant que Civic Tech répond à chaque recommandation et bonne pratique énumérée par la CNIL dans son 7e carnet Innovation et Prospective.
Decidim a été pensé dès son contrat social, dans le respect des droits, des personnes et des utilisateurs.

Open Source Politics est ravie de voir que même si la CNIL ne prend pas parti entre le logiciel libre et le logiciel propriétaire, elle énumère les avantages de ce premier et insiste sur le caractère exemplaire des logiciels comme Decidim.

Si la CNIL est parvenue jusqu’à Decidim, c’est aussi par ce qu’Open Source Politics a contribué à son déploiement sur le territoire français. Ce qui a été rendu possible par la nature open source de Decidim.

L’encadré de la CNIL sur Decidim 📄👇

Retour sur le Decidim Fest 2019 : l’événement annuel de la communauté Decidim

Retour sur le Decidim Fest 2019 : l’événement annuel de la communauté Decidim

Article rédigé avec la collaboration de Nicholas Saul, Doctorant à l’école de droit de Sciences Po Paris qui également assisté au Decidim Fest.

L’objectif du DecidimFest est de réunir les différents acteurs (chercheurs, entreprises, associations, etc.) de la communauté Decidim à l’international, de présenter les dernières avancées du projet Decidim et de s’inspirer d’autres communautés et de logiciels libres aux missions similaires. Chaque année, l’équipe d’Open Source Politics (OSP) est invitée à présenter ses cas d’usages et c’est pour nous l’occasion de renforcer nos relations avec nos partenaires espagnols et internationaux.

Dans cet article vous trouverez un condensé de ce qui nous a été présenté pendant ces trois jours.

Perspective sur le futur : la Roadmap 2023

Avant que commence officiellement le Decidim Fest, nous avons eu l’occasion d’assister à l’Assemblée Générale de l’association Decidim, pour prendre la mesure de ce qui avait été accompli jusqu’ici et de la roadmap des années à venir.

Ce qu’il faut retenir :
L’association Decidim a désormais son statut légal et a enregistré sa marque. De plus, un accord entre Localret (la centrale d’achat de services informatiques catalane) et la ville de Barcelone a été signé pour promouvoir la plateforme Decidim sur les quatre prochaines années. Enfin il est désormais possible de devenir membre de l’association pour un montant annuel de 40 euros (cliquez ici pour en savoir plus).

L’un des enjeux des quatre prochaines années est de trouver différentes voies de financement pour assurer une stabilité financière. L’association souhaite faire grossir ses effectifs afin d’assurer la maintenance du cœur de la technologie, approfondir la documentation (technique, fonctionnelle, cas d’usage), le diffuser au plus grand nombre et promouvoir les garanties démocratiques et éthiques du projet. L’assemblée générale s’est terminée par une présentation des retours d’expérience sur le Decidim Day organisé par OSP le 12 septembre 2019 avec plus de 150 participants et 30 intervenants avec l’objectif global de faire connaître Decidim en France et penser le futur du bien commun numérique. Pour plus d’informations, voir ici

Premier jour : la construction d’une infrastructure accessible

L’introduction de la journée s’est faite par le nouveau responsable de la participation de la ville de Barcelone (Marc Serra). Il a annoncé la mise en place d’un budget participatif de grande envergure et d’un plan de formation à Decidim pour les plus éloignés du numérique afin d’assurer une meilleure inclusion dans les outils technopolitiques.

D’autres interventions se sont concentrées sur les problématiques clés de la gouvernance digitale : comment procurer une réponse directe à l’impact qu’ont les géants du web sur la démocratie, comment assurer la démocratisation de la technologie et de la société, ou encore comment résoudre le conflit entre la notion de vie privée et l’exigence contemporaine de la connexion permanente.

Les présentations ont illustré tout au long de la journée comment le modèle décentralisé, libre et open source qui respecte les données personnelles et l’anonymat des participants permet une distribution rapide des données et de la gouvernance dans de multiples contextes.

Ce qu’il fallait retenir :
Arnau Monterde, coordinateur du projet Decidim au sein de la ville de Barcelone a présenté la feuille de route court terme pour le logiciel. De nombreuses améliorations seront apportées à l’existant afin de continuer à améliorer la qualité, la robustesse et la facilité d’usage de Decidim pour les utilisateurs et les administrateurs. A plus long terme, la communauté Decidim continuera d’explorer la sécurisation des votes grâce à la blockchain (à noter que des prototypes très solides ont déjà été produits à l’occasion du projet Decode), l’utilisation d’une intelligence artificielle éthique au service de la démocratie participative, la fédération des instances Decidim etc.Nous retenons également l’intervention de Ben Cerveney, de la Fondation Public Code, dont l’objectif est d’accompagner les institutions publiques dans la production et l’adoption de biens communs numériques. Sa présentation a mis en avant à quel point la ville représente un échelon idéal pour produire du “public code”. Decidim est un excellent exemple de cette vision car initié par la ville de Barcelone et ayant mis en place la plupart des bonnes pratiques recommandée par la Public Code Foundation, à savoir

Bonnes pratiques Public Code FoundationCe que Decidim met en place
Animer une communauté autour du projetL’association Decidim
La communauté Meta Decidim
Le Decidim Fest, Decidim Day etc.

Avoir une équipe dédiée à la gestion du produit
Decidim Product Team
Assurer la qualité du code et respecter les standardsCouverture de toute l’application par des tests unitaires
Support utilisateur et mutualisation des bonnes pratiquesMeta Decidim, Club des utilisateurs francophones

On retient deux citations :

« Software is merging with policy that’s why public institution need technological sovereignty »

Decidim Fest 2019, Ben Cerveney Public Code Foundation

« Software is transitioning from technology to infrastructure, cities have a civic responsibility to build public codes bases »

Decidim Fest 2019, Ben Cerveney Public Code Foundation

L’après-midi fut marqué pour OSP par l’intervention de Virgile Deville au sein du panel comment améliorer concrètement les budgets et les processus participatifs ? Avec l’exemple de cinq premières institutions qui ont renouvelé l’expérience pour une deuxième édition, Virgile illustre comment OSP a mis en oeuvre des améliorations techniques sur l’expérience utilisateur qui ont permis d’augmenter sensiblement la participation lors des phases de vote des projets.

Virgile Deville au Decidim Fest
Virgile Deville au Decidim Fest

Nous étions ravis de voir que Paula Forteza avait fait le déplacement pour venir présenter différents cas d’usages de Decidim en France. Elle a donc présenté l’utilisation de Decidim par la Convention Citoyenne pour le Climat, mais aussi son site servant à recueillir des questions citoyennes à poser au  Gouvernement à l’Assemblée Nationale, et son implication dans la campagne Vivons Paris où Decidim est utilisé pour tirer au sort des candidats citoyens aux élections municipales. Sa présence en tant que pionnière de la civic tech, de l’open data, de la transparence des gouvernements est pour nous un signal fort que Decidim est maintenant largement identifié en France comme outil de référence pour mener des démarches de concertation.

Paula Forteza au Decidim Fest
Paula Forteza au Decidim Fest

Deuxième jour : Cas pratiques et recherche, les résultats de Decidim sur le terrain

Lors de la seconde journée, les présentations se sont focalisées sur des cas pratiques à succès, mais également sur la présentation de nombreuses recherches scientifiques sur l’usage des outils numériques de gouvernance et de participation dans des instances publiques ou privées.

L’un des cas concret les plus marquant fut celui du budget participatif de la ville de Helsinki, présenté par Katja Henttonen, qui utilise Decidim depuis 2 ans. De nombreuses initiatives y ont été prises, dont la mise en place d’un réseau d’ambassadeurs locaux et d’une étape supplémentaire pour approfondir collaborativement les propositions. L‘instance Decidim d’Helsinki est maintenant celle qui compte le plus d’utilisateurs au monde (plus de 70k utilisateurs).

La ville d’Helsinki a présenté le travail de user research mis en œuvre par la ville pour simplifier au maximum l’expérience utilisateur. De nombreux développements ont été réalisés par la ville d’Helsinki et reversés en open source à la communauté. C’est d’ailleurs à cette occasion qu’OSP a collaboré sur un module simplifiant l’expérience utilisateur pour la phase de vote. Le budget participatif a attiré 40 000 nouveaux utilisateurs et maintenant 10 % (59 000 utilisateurs) de la population y est inscrite !

L’autre moment fort de la matinée a été une table ronde qui a abordé le phénomène de capitalisme de surveillance et ses alternatives avec Mara Balestrini, Antonio Calleja et Liliana Arroyo Mollner.

Ce qu’il faut retenir : 

  • L’exemple du @decodeproject qui a réalisé un pilote utilisant Decidim avec un prototype de signature électronique sur la blockchain où les données de l’utilisateur sont stockées dans un portefeuille numérique dont il a le contrôle. C’est ce type de technologie permettant d’envisager l’identité de manière décentralisée qui est ciblée par la décision du gouvernement que nous mentionnons dans notre introduction.
  • L’étude toute récente « My data my rules, form data extractivism to digital empowerment »  qui démontre que d’autres modèles économiques sont possibles où la donnée est envisagée comme commun, où les utilisateurs contrôlent leurs données.
  • Le « Smart Citizen Kit » un capteur #opensource très facile à installer pour que n’importe quel citoyen puisse devenir producteur de donnée et faire ses propres mesures afin d’interpeller les pouvoirs publics ou les entreprises.

La seconde partie de l’après-midi a été ponctuée par la présentation des derniers résultats des différentes chercheurs de la communauté Decidim. Maite Lopez Sanchez de l’Universitat Autonoma de Barcelona, a fait un travail remarquable sur la manière d’utiliser l’intelligence artificielle dans les processus participatifs de Decidim. En utilisant des algorithmes d’optimisation, elle et son équipe ont démontré que l’on pouvait nettement améliorer la manière dont nous choisissons les projets lauréats d’un budget participatif. Au lieu de choisir simplement par ordre décroissant de vote les projets lauréats, cette équipe de chercheur a utilisé un algorithme sélectionnant les projets selon deux variables : maximisation de l’utilisation du budget et du nombre de soutiens représenté par la sélection. Les résultats sont impressionnants : +30% du budget utilisé, + 70% de soutiens représentés. Biens conscients de la méfiance que peuvent avoir les citoyens envers les algorithmes, Maite a insisté sur l’importance d’utiliser des algorithmes open source et de mettre au point des supports pédagogiques expliquant le fonctionnement de ces algorithmes.

Pablo Aragon a quant à lui présenté une étude comparée des plateformes de pétitions de Madrid et Barcelone. Il a notamment démontré comment des choix techniques triviaux ont des conséquences politiques importantes. Le cas d’espèce présenté expliquait comment le fait de mettre avant les pétitions les plus récentes sur Decide Madrid biaisait leur capacité à récolter suffisamment de support, c’est pour cela que sur Decidim les listes de propositions et d’initiatives sont affichées de manière aléatoire.

C’est Xabier Barrandarian qui a conclu cette édition du Decidim Fest avec une présentation du White Paper de Decidim qui se veut collaboratif et dont la vocation est de donner un contexte à ce projet technopolitique, d’expliquer les choix d’architecture technique et fonctionnelle et d’envisager comment l’avènement du réseau technopolitique décentralisé démocratise la société.

Un mot pour conclure

Le Decidim Fest a su réunir une fois de plus une diversité d’acteurs (sociaux, économiques, scientifiques et politiques) indispensable à tout projet touchant à la démocratie. Nous prenons comme un signe de maturité la présence de nombreux acteurs internationaux : la fondation Mozilla, Public Code Foundation, Better NYC, la député Paula Forteza, les villes de Mexico et d’Helsinki. Nous sommes heureux de voir que les institutions catalanes (la ville de Barcelone, Localret, la Généralité de Catalogne) initiatrices et fers de lance du projet prévoient de continuer d’investir massivement dans Decidim. Pour finir, les premiers résultats des différents projets de recherche nous ont paru prometteurs et c’est une richesse incomparable que d’avoir une communauté scientifique qui prend du recul sur l’impact de Decidim sur la société.

Nous ne pouvons nous empêcher de conclure en évoquant la décision du gouvernement espagnol interdisant les technologies de decentralized identity comme Decode Project qui donne un contrôle total à l’utilisateur sur ses données et celle de la justice catalane déclarant nul le cadre juridique encadrant la participation des citoyens, l’un des plus avancé au monde.

Lien vers le tweet de Pablo Aragon





De la démocratie participative au cœur des campagnes municipales 2020

De la démocratie participative au cœur des campagnes municipales 2020

Que ce soit pour l’élaboration d’un programme ou la formation d’une liste candidate, la participation citoyenne a trouvé sa place dans le contexte des campagnes municipales. Dans le cadre des élections municipales de 2020, Open Source Politics met en place plusieurs plateformes Decidim à travers la France. Chacune à leur manière, elles concrétisent la participation citoyenne en période de campagne électorale. Nous vous proposons un coup de projecteur sur la diversité des usages.

Quelle plus-value la participation apporte-t-elle aux campagnes municipales ?

Les communes ont des compétences qui touchent au quotidien des citoyen.ne.s (gestion de l’espace public, des écoles, du traitement des déchets, des politiques de logements etc.), c’est l’échelon où s’exerce l’engagement de proximité. Intégrer les citoyen.ne.s dès la campagne, c’est construire un processus de participation qui peut perdurer après les élections. Par sa posture d’écoute, l’équipe de campagne donne aux habitant.e.s un moyen de s’exprimer sur leur quotidien et leur reconnaît un savoir d’usage dont elle souhaite s’inspirer pour construire la vision de sa prochaine mandature. De plus, la participation étant le fruit d’un apprentissage progressif, il est intéressant de démarrer un processus participatif en parallèle de la période où s’exerce la citoyenneté de la manière la plus concrète : le vote.

Différents projets de campagne : plusieurs utilisations de la plateforme Decidim

Open Source Politics a mis en place des plateformes Decidim pour plusieurs candidats et listes aux élections municipales 2020. Ces derniers ayant des objectifs de campagne différents, la flexibilité et le large périmètre fonctionnel de Decidim ont permis à différentes approches de prendre forme.

Co-construire un programme avec les citoyens

participer.changerlyon.fr
La plateforme participative Changer Lyon s’inscrit dans un projet plus large de rédaction d’un « Appel à Changer Lyon et sa métropole » lancé par des militant.e.s d’Europe Ecologie-Les Verts et les écologistes sans appartenance partisane. Ce projet de co-construction de 6 mois a déjà connu plusieurs phases. Dans un premier temps, la plateforme a servi à animer 16 ateliers thématiques grâce à la fonctionnalité « Assemblées ». Le travail de chacun de ces ateliers thématiques a abouti à la rédaction d’une synthèse contenant environ 5 propositions phares. Ces propositions ont été réunies dans une concertation de synthèse visant à recueillir les réactions d’un public large avant de rentrer dans la rédaction finale du programme.

Page d’accueil de la plateforme participative de Changer Lyon

lafabrique.grenobleencommun.fr
La plateforme de Grenoble en Commun se conjugue avec le site d’un appel à construire un projet citoyen solidaire et écologiste pour l’avenir de Grenoble et de sa métropole. Nourrie par plusieurs ateliers physiques baptisés « les Fabriques en ville », la plateforme Decidim donne la possibilité aux habitant.e.s de déposer plus de 200 propositions, de soutenir ou de réagir aux premières contributions par leurs commentaires. L’équipe de campagne a progressivement regroupé ces propositions dans des catégories pertinentes, qui forment le squelette cohérent du futur projet.

Page d’accueil de la plateforme participative de Grenoble en Commun

Animer une démarche municipaliste avec l’accompagnement d’Action commune

fabriquecitoyenne.reveillonsannecy.fr
La plateforme de la Fabrique citoyenne d’Annecy a été mise en ligne dans le cadre d’un partenariat avec la démarche Action commune ! qui accompagne l’émergence de listes citoyennes pour les élections municipales de 2020. Dans une démarche ouverte, sans étiquette de parti, Réveillons Annecy réunit 60 personnes (citoyens et élus de plusieurs horizons) autour de l’élaboration d’un projet municipal. 10 thématiques sont proposées aux habitant.e.s souhaitant rejoindre le collectif et contribuer : ils/elles peuvent déposer des idées, soutenir et/ou commenter les autres propositions.

Page d’accueil de la plateforme participative de Réveillons Annecy

Tirer au sort des candidatures citoyennes

candidater.cedricvillani.paris
La plateforme de campagne de Cédric Villani propose aux Parisien.ne.s d’intégrer les listes candidates de leur arrondissement par tirage au sort. Les Parisien.ne.s intéressé.e.s s’inscrivent sur la plateforme, fournissent les pièces justificatives de leur domiciliation à Paris et détaillent leur projet pour la ville. Début 2020, 48 candidat.e.s seront sélectionné.e.s dans le cadre d’un tirage au sort numérique. Cette plateforme Decidim permet d’expérimenter cet usage atypique pour la première fois.

Les premières candidatures au tirage au sort de Vivons Paris

Organiser des assemblées citoyennes par quartier

decidons.ensemble.paris
OSP a créé la plateforme de la liste portée par Benjamin Griveaux (LREM) à Paris. Les Parisien.ne.s ont plusieurs moyens de participer :

  • Chaque semaine de nouvelles propositions sont soumises aux votes. L’équipe de campagne élabore ces propositions après un diagnostic territorial et des discussions avec des acteurs de terrain.
  • Les Parisien.ne.s ont par ailleurs la possibilité de proposer des idées nouvelles pour Paris à travers 6 grandes thématiques.
  • La particularité de decidons.ensemble.paris réside ensuite dans son découpage de la ville de Paris en 240 quartiers, permettant aux citoyen.ne.s de s’exprimer sur les enjeux de proximité.
  • Les lieux et les dates de rendez-vous d’ateliers participatifs citoyens sont également visibles sur la plateforme.
Les différentes façons de participer sur decider.ensemble.paris

Mutualiser une plateforme entre différents arrondissements  

contribuez.ecologieparis.fr
La liste EELV à Paris menée par David Belliard utilise également Decidim, pour deux usages principaux :

  • Premièrement, la plateforme restitue le travail d’assemblées citoyennes. En effet, des ateliers participatifs constitués de citoyen.ne.s tiré.e.s au sort sont régulièrement organisés pour élaborer le programme. Le contenu de ces ateliers est restitué sur contribuez.ecologieparis.fr. Les citoyen.ne.s n’ayant pas été tiré.e.s au sort ou n’ayant pas pu se déplacer bénéficient donc une visibilité sur les processus de décision de campagne. 
  • Deuxièmement, la plateforme est partagée entre plusieurs équipes de campagne d’arrondissement. Elles sont libres d’utiliser toutes les fonctionnalités de la plateforme pour inclure les citoyen.ne.s des arrondissements dans leurs démarches de campagne sur le terrain.
La différentes assemblées proposées sur contribuez.ecologieparis.fr

Conclusion

La participation est le fruit d’un apprentissage progressif. L’enjeu d’une campagne municipale est de préparer un mandat, en fixant des objectifs. Impliquer les citoyens dans la construction de ces objectifs revient par conséquent à donner un point de départ à la participation du futur mandat. Ces plateformes initient les citoyens à la participation locale en leur proposant de contribuer à des sujets de leur quotidien.
Decidim est un outil modulaire et flexible. Ainsi, l’outil s’adapte aux différents projets participatifs. Le fait qu’il soit configurable et modulaire laisse place à la créativité, que ce soit dans l’interface de la plateforme ou dans la configuration des modalités de participation.

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Une plateforme participative pour la Convention Citoyenne pour le Climat

Une plateforme participative pour la Convention Citoyenne pour le Climat

Contexte

Depuis le 4 octobre, dans le cadre de la Convention Citoyenne pour le Climat, 150 citoyen.ne.s tiré.e.s au sort se réunissent autour d’une question : Comment réduire les émissions de gaz à effet de serre d’au moins 40 % d’ici 2030, dans un esprit de justice sociale ?

Depuis le 25 octobre (deuxième session de la Convention), une plateforme numérique accueille les contributions externes de l’ensemble des citoyen.ne.s et des organisations. Trois synthèses intermédiaires seront produites avant les prochaines sessions pour alimenter les travaux des 150 membres de la Convention.

Pourquoi Decidim ?

Open Source Politics a été missionnée pour mettre en place une plateforme basée sur le logiciel libre Decidim. Toutes les propositions des participant.e.s sont publiques et disponibles sur la plateforme :

Le choix de Decidim et de son code ouvert s’accorde avec les principes de démocratie et de transparence de la Convention. La plateforme permet à chacun.e.s de s’exprimer en confiance quant à la protection de ses données.

6 thématiques :

La plateforme permet de déposer des contributions autour de cinq axes de travail de la Convention. Un sixième espace est résérvé aux contributions transversales.

Les citoyen.ne.s et les organisations inscrit.e.s peuvent déposer une contribution par thématique et par intersession sur la plateforme (soit au maximum 18 durant la totalité de la Convention).