À quelques jours des élections municipales, notre directeur général Valentin Chaput était l’invité de Fanny Dautzenberg et Alexia Diez-Soto dans le podcast Game Changer. Une heure vingt pour mettre des mots sur ce que beaucoup ressentent sans savoir le nommer et pour montrer que la fatigue démocratique n’est pas une fatalité.
Lien du podcast en fin d’article 👇️
On ne vote plus, ou de moins en moins. On se méfie des institutions, on doute que les consultations changent quoi que ce soit, on a le sentiment que les décisions sont déjà prises avant même qu’on nous demande notre avis. Cette fatigue démocratique, Valentin Chaput la décrit dans le podcast Game Changer non pas comme un problème de citoyenneté, mais comme le symptôme d’un déficit structurel : nos institutions n’ont tout simplement pas été conçues pour organiser un dialogue continu entre la sphère politique et la société civile.
Le vote capte une intention tous les cinq ans, puis le lien se coupe. Dans l’intervalle, les décisions s’accumulent, la population les subit, et la distance se creuse. La fatigue démocratique n’est pas irrationnelle, elle est la réponse logique à un modèle qui promet la souveraineté populaire sans en donner les moyens concrets.
La participation, réponse à la fatigue démocratique ? Oui, à condition d'être honnête
Le piège, quand on prend la fatigue démocratique au sérieux, c’est d’y répondre par des démarches participatives cosmétiques qui finissent par aggraver la défiance. Valentin est direct là-dessus : une consultation dont les résultats sont ignorés fait plus de mal qu’une absence de consultation, parce qu’elle confirme le sentiment que la parole citoyenne ne compte pas.
Il prend le temps de décrire l’échelle de la participation : il y a un monde entre informer la population d’un projet, la consulter, l’associer à la réflexion, et lui confier une part réelle de co-décision. Ces niveaux ne mobilisent pas les mêmes outils, ne génèrent pas les mêmes attentes, et n’engagent pas de la même manière la confiance des personnes impliquées. Nommer honnêtement le niveau visé dès le départ, sans promettre plus que ce qu’on est prêt à tenir, est la première condition pour que la participation soigne plutôt qu’elle n’aggrave la fatigue démocratique.
Des institutions sincères ont besoin d'infrastructures indépendantes
La fatigue démocratique revêt aussi une dimension numérique que cet épisode explore avec acuité. Peut-on organiser une délibération sincère sur des plateformes propriétaires dont le modèle économique repose sur la captation des données ? Peut-on demander à la population de faire confiance à un processus participatif hébergé sur des infrastructures hors de contrôle ?
La réponse de Valentin est sans ambiguïté : non, et ce n’est pas une posture idéologique, c’est une exigence de cohérence. L’indépendance des outils numériques est une condition de la sincérité démocratique. C’est l’enjeu que portent les logiciels libres comme Decidim (que nous déployons pour les collectivités) : transparence du code, gouvernance communautaire, données hébergées là où elles doivent l’être et ce sans dépendre d’un fournisseur privé qui peut modifier les règles du jeu sans prévenir.
Le commun comme antidote : une logique qui dépasse les institutions
Ce qui rend l’épisode particulièrement riche, c’est que Valentin ne s’arrête pas aux relations entre institutions et société civile. Il développe une façon de penser le logiciel libre comme bien commun avec des ressources partagées, gérées collectivement, au bénéfice de toutes et tous pour montrer comment cette logique peut irriguer le fonctionnement des organisations elles-mêmes.
Chez Open Source Politics nous appliquons ces principes en interne : gouvernance horizontale, transparence salariale, prise de décision collective. Une cohérence entre les valeurs défendues à l’extérieur et les pratiques vécues en interne. Une piste à envisager pour penser autrement la fatigue démocratique qui touche aussi les organisations, pas seulement les institutions publiques.
Découvrir l'épisode
Une heure vingt de conversation dense, franche, et ancrée dans dix ans de terrain disponible ici ou accessible en écoute sur la plateforme de podcast Ausha et sur YouTube.


